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Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains.

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MessageSujet: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Mar 12 Juil - 12:47

    8h00 – OKLAHOMA CITY.

    « Hé, mec… T’es… t’es dans ma voiture, là. » Murmura-t-il à la fenêtre béante de l’arrière du véhicule.

    L’homme allongé sur la banquette continuait cependant de ronfler paisiblement, enroulé dans une couverture en laine de laquelle se dégageait une écœurante odeur de caoutchouc brûlé. Colby se pinça le nez avant de reprendre, cette fois-ci d’une voix plus assurée :

    « Ohé ! Réveille-toi ! »

    Le corps de l’inconnu parut se mouvoir enfin, en une sorte de brève convulsion. Ses yeux s’ouvrirent lentement, ses paupières encore soudées par le sommeil papillonnèrent avec difficulté et ses lèvres, en se séparant, émirent une tonalité pâteuse et étouffée. Il s’assit et appliqua ses mains le long de son visage tandis qu’il réprimait un bâillement. Voyant qu’il allait se lever d’un instant à l’autre, Colby se décala de quelques centimètres et attendit. Une masse de cheveux sombres émergea tout d’abord, suivit d’une haute stature qui mine de rien, paraissait bien moins imposante lorsqu’elle se trouvait être au repos.

    Colby croisa les bras sur sa poitrine, attendant des explications suite à cette intrusion inattendue. Mais celles-ci ne vinrent pas, l’homme s’éloigna aussi silencieusement qu’il s’était insinué dans le véhicule en pleine nuit, et finit par disparaître à l’angle de la station service. Aussi, quelle idée stupide il avait eu de faire halte sur le parking de ce genre d’endroit, c’était toujours là qu’arrivaient les pires faits divers. Cependant, ce gars là avait l’air plutôt inoffensif, il n’avait rien volé, et ne l’avait pas non plus égorgé pendant son sommeil. Il était probablement à la recherche d’un endroit ou passer la nuit et était tombé, chanceux, sur cette Ford apparemment abandonnée qui tombait à pic.

    Le malheureux avait oublié sa couverture à l’arrière et celle-ci empestait tout l’habitacle. Mais Colby décida de la garder, en souvenir de cet épisode saugrenu qu’il n’allait pas oublier de ci-tôt.

    De l’autre côté de la route se dressait un petit bâtiment dédié à la restauration, et le jeune homme décida de s’y rendre à pieds dans le but d’économiser un maximum d’essence. Il ne rencontra personne en chemin et une fois la traversée faite sans encombre, il entra et fut surpris de constater le nombre de personne venues se restaurer. On aurait cru un rendez-vous géant que s’étaient donnés les milliers de gens qui passaient à ce moment là sur les routes. Pourtant il était encore tôt et les premiers rayons du soleil venaient seulement de commencer à faire leur apparition. Même les réverbères étaient encore allumés.

    Colby se munit d’un plateau repas préalablement composé, puisqu’il n’avait ni le temps, ni l’envie de se coincer dans une file d’attente et s’assit à une table sans s’apercevoir qu’elle était dores et déjà occupée. Il retira avec force concentration le film plastique et s’empara de la fourchette de fortune distribuée avec les plats. Ce truc allait encore lui coûter une fortune et n’allait même pas avoir bon goût. Il remua ses carottes râpées avec détermination avant de relever la tête.

    Une fille l’observait comme s’il venait de lui montrer qu’il cachait une bombe dans la poche intérieure de sa veste.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Mer 13 Juil - 17:57

    L'air de l'Oklahoma ne réussissait pas à Sylas ces derniers jours. Ce matin était encore un jour sans. Ce genre de jour où rien ne va, sans que vous sachiez pourquoi. La veille, la jeune femme s'était arrêtée dans un motel situé sur le bord de la route, elle ignorait même le nom de la ville où elle se trouvait tellement la fatigue l'assommait tant elle avait conduit.

    Cependant, une fois installée dans le lit plutôt miteux que réservait la chambre numéro six, il lui était impossible de s'endormir. Dans la chambre d'à côté, un couple s'épanouissait dans les cris, la chaleur était oppressante et le rideau de fortune accroché à la fenêtre ne cachait pas complètement la lueur criarde de l'enseigne indiquant que le motel était ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Aussi, elle tenta de regarder la télé, mais celle-ci ne cessait de grésiller et les programmes étaient tous plus fastidieux les uns que les autres. Néanmoins, l'ennui aggravant son cas, elle s'endormit. Peu de temps certes, mais une nuit blanche aurait été pire que tout. Sachant que plus de sommeil serait trop demandé, elle prit une douche, s'habilla avec des vêtements qu'elle avait peiné à laver correctement la veille. Puis elle prit la route encore éclairée par les réverbère, se dirigeant dans une sorte de restaurant après les recommandations du gérant du motel visiblement blasé.

    Le dit restaurant était du même acabit que tous les autres implantés dans les bourgades traversées par la fameuse route soixante-six. Mais il était largement suffisant. Lorsque Sylas pénétra à l'intérieur du bâtiment, elle put apercevoir une longue lignée de box identiques aux banquettes bleues. Toutes mettaient à disposition du sel, du poivre ou encore du sucre. Au moins, l'essentiel était là. Il n'était que sept heure quinze et pourtant, l'établissement commençait déjà à se remplir petit à petit. La jeune femme s'inséra dans la file et du attendre dix bonnes minutes pour avoir une tasse de chocolat chaud et des pancakes. Elle s'installa ensuite dans un box vide. A l'extérieur, le soleil brillait doucement, le ciel était aussi bleu qu'il peut l'être et les voitures se succédaient à un rythme saccadé. Après avoir fini son petit déjeuner, qui lui avait procuré un arrière goût de plastique, Sylas posa sa tête entre ses bras et sans vraiment s'en rendre compte, elle commença à somnoler. Elle fut néanmoins complètement réveillée lorsque des bruits caractéristiques lui firent comprendre que quelqu'un s'était assis à sa table.

    La demoiselle releva la tête, les cheveux probablement en bataille et en supposant qu'une marque rouge devait être présente sur son front elle devait avoir l'air d'une guerrière, mais elle ne s'en soucia pas. La personne qui venait de s'assoir avait l'air trop plongé dans ses pensées pour remarquer qu'elle était là. Pourtant, elle, elle l'avait vu. Reconnu, même. Peut-être que si elle n'avait pas était dans cette position quand il était rentré, alors peut-être aurait-eu elle le temps de partir en le voyant. Peut-être même qu'il n'était pas trop tard, il n'avait pas levé les yeux vers elle et apparemment sa fourchette en plastique avait l'air de le fasciné. Elle allait le faire, elle allait se lever, ne pas se retourner. C'était tout à fait possible, non? Puis il la regarda. Et toute envie de partir s'évapora. Elle le regardait, les yeux écarquillés. Colby.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Mar 9 Aoû - 20:33

    Trois secondes. C’est le temps qu’il lui fallut pour mettre un nom sur le visage de cette fille. Sa mâchoire se crispa et entreprit un ultime mouvement pour broyer le reste de la bouchée qu’il venait de prendre. Nul doute qu’elle l’avait également reconnu, ils n’étaient pour ainsi dire pas des étrangers l’un envers l’autre, bien que le jeune homme en ait quelques fois douté, ces derniers temps.
    Il jeta un œil a l’assiette et à la tasse vides qui se trouvait juste devant elle avant d’arracher un morceau de pain avec une lenteur déconcertante. Des pancakes et un chocolat chaud pour le petit déjeuner, comme d’habitude. Lui, pouvait manger n’importe quoi, à n’importe quelle heure. Cette particularité avait souvent été un sujet de plaisanteries entre eux, jusqu’à ce qu’il remarque qu’elle commandait toujours les mêmes choses et qu’ils finissent ainsi par se lasser.

    Leur relation, aussi courte fut-elle, avait été pour le moins intense. Pas un couple, mais pas seulement des amis, les connaissances qu’ils se firent en chemin abandonnèrent tour à tour l’envie de les comprendre. Au yeux de tous, Colby et Sylas étaient fait l’un pour l’autre, mais les deux jeunes gens, aveuglés par l’enthousiasme de s’être trouvé et le plaisir en perspective de faire un bout de chemin ensemble ne s’avouèrent jamais ce qu’ils éprouvaient l’un envers l’autre. Ils ne s’étaient jamais rien promis, n’avaient pas réellement fait de projet, mais à de nombreuses reprises le jeune homme s’était imaginé que l’un d’eux finirait par se séparer de son véhicule pour qu’ils puissent voyager ensemble de manière plus officielle. Comme un gage de confiance, une marque d’affection toute particulière qui, à cette période, aurait largement suffit à Colby.

    Tous deux n’étaient pas du genre à faire des simagrées et ne se répétait pas à longueur de journée combien il s’appréciait, mais le matin de la disparition de Sylas, Colby eut l’impression nette, presque palpable tant elle le tourmentait, d’avoir été trahit. Il n’avait aucune difficulté à se souvenir de la faible lueur tamisée qui filtrait au travers des rideaux tirés de la chambre d’hôtel, ni même du sentiment de vide qu’il avait ressenti lorsqu’il s’était rendu compte de l’absence de la jeune femme ce jour là. Et il avait su d’instinct qu’elle n’était pas simplement partie faire les courses, ou faire une promenade matinale, non, elle s’était enfuie. Elle s’était d’ailleurs surement dit qu’elle n’avait pas à se justifier de ses actes, puisqu’elle n’avait laissé aucune note, aucune trace de son passage.

    « Je vais compter jusqu’à trois, et ensuite tu seras partie. » Déclara-t-il en reprenant des carottes.

    Autrefois ils s’engueulaient souvent. Pour des futilités, pour des trucs bateau. Ils se criaient ensuite quelques insanités puis se réconciliaient en regardant une émission de télé. Ils étaient d’ailleurs de très bons critiques cinématographiques, et le fait qu’ils n’aient jamais le même avis pouvait faire durer leurs débats pendant des heures. Cette fois-ci était différente. Le ton de Colby était froid, ses yeux éteints. Il n’y avait plus rien à espérer de cette relation, plus rien à se raccrocher, plus d’anciennes preuves de leur intimité auxquelles croire. Elles s’étaient envolées le jour ou Sylas était partie.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Mer 10 Aoû - 14:38

    Je vais compter jusqu’à trois, et ensuite tu seras partie.
    Sylas était comme paralysée. Son cerveau essayait d'envoyer des ordres à ses membres, sans succès. Il était trop tard pour partir. Il arrive toujours un jour où il faut faire face aux conséquences de ses actes. Ce jour était probablement arrivé, un peu trop vite à son goût. Elle s'était enfuie, lâchement. Mais à cette époque, c'était la seule issue qu'elle voyait. La jeune femme avait toujours été incapable de gérer correctement ces relations et celle qu'elle entretenait avec Colby n'avait pas échappée à la règle. Le fait est que cette fois ci, elle avait été effrayée. C'était comme si elle avait été lucide quelques instants, comme si elle se rendait compte de ce qui les liaient vraiment, comme si elle comprenait qu'elle tombait amoureuse. Alors elle était partie, sans un mot, sans une explication, elle était juste partie, ne laissant rien à un Colby encore endormi. Ce matin-là, Sylas 'avait pas réfléchie. Elle s'était juste réveillée avec l'impression de devoir partir et elle s'était exécutée. Il ne s'était pas passé une journée depuis sans qu'elle ne regrette amèrement cette décision. Et si elle avait réfléchit? Et si elle s'était tout simplement rendormi à ses côtés? Et si.. Seulement il était trop tard et le ton de Colby le lui confirmait. Auparavant, ses conversations avec le jeune homme pouvait durer des heures sans qu'ils s'en lassent? Aujourd'hui, elle ne savait pas ce qu'elle était censée lui dire.

    Je suis désolée..
    Elle s'attendait à ce qu'il se lève et parte. Ou même qu'il lui jette ses carottes en pleine tête. Son regard était morne, il bougeait presque machinalement. Si elle ne le connaissait pas personnellement, elle se serait probablement posé des questions à son sujet. Mais non, elle le connaissait. Ils auraient pu voyager ensemble, refaire encore et encore le monde. Ils auraient pu s'aider, profiter. Sylas baissa les yeux. Elle s’apprêtait à partir, encore une fois, mais celle ci, c'est tout ce qu'elle pouvait faire. Elle se leva et se rassit aussitôt. Si il n'était pas parti, si il ne l'avait pas insulté de tous les noms, c'est qu'il y avait surement encore un peu de place pour elle dans sa vie. Elle avait fait une erreur, mais tout à coup, elle était persuadée de pouvoir la rectifier. Elle le regarda mâchonner ses carottes matinales. Elle allait essayer, essayer de s'expliquer, le suivre si il le fallait. Mais elle voulait essayer, parce que leur relation en valait la peine et qu'elle espérait ne pas avoir tout gâché.

    Je sais pas quoi te dire Colby, vraiment. Mais je regrette. J'aurais peut-être du t'en parler. Mais c'est passé maintenant. Je m'attendais pas à te revoir, toi et tes déjeuners infects. Mais te revoilà. Ça doit être le destin alors, peut-être qu'on devait se revoir, peut-être que j'aurais pas du partir, peut-être que.. peut-être que je devrais arrêter de parler dans le vent si t'en as plus rien à foutre.
    Ce n'était pas des excuses, ni même une justification. Ce n'était pas grand chose en faite. Mais c'était comme si on lui offrait une chance de se racheter. Car la jeune femme s'en était mordue les doigts. Mais comment faire marche arrière dans ces conditions? Sylas n'était pas du genre à ramper pour se faire pardonner et il le savait. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle allait rester là sans rien faire si jamais il l'envoyer bouler.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Mer 10 Aoû - 15:36

    Ses paroles parurent flotter un instant, menaçantes, désagréables. C'est dans ce silence passager qu'il remarqua à quel point ces termes ne lui correspondaient pas. Colby était quelqu'un qui réglait ses problèmes, peut importait les moyens à mettre en œuvre, et peu importaient le terme de ses agissements. En choisissant de ne pas écouter ce que Sylas pouvait avoir à dire, il se comportait comme un lâche, il se comportait comme elle, il fuyait, tout simplement. Les yeux rivés sur son assiette comme s'il ne supportait plus de croiser son regard, il s'attendit à ce qu'elle réitère ses performances passées. A l'autre bout du restaurant, une serveuse surchargée de travail laissait tomber quatre récipients remplis d'une sauce aux reflets pourpres. Dans le vacarme qui s'ensuivit - hoquets de stupeur, cris suraigus et excuses précipitées, Colby faillit ne pas entendre celles de la jeune femme. Celles qu'il avait attendues depuis si longtemps.

    Il s'était figuré cet événement de bien des façons tandis qu'il sillonnait les routes sans elle. Il s'était tantôt imaginé qu'elle réapparaîtrait après l'avoir recherché sans relâche pendant des mois, qu'elle lui dirait combien il lui avait manqué, et combien elle avait eu tord. Tantôt, il avait espérer la croiser au détour d'un chemin ou par hasard, ils se seraient arrêtés tout deux pour admirer le paysage, dans une coïncidence irréaliste. Au cours de ses rencontres, et des conversations qu'il entretenait, Colby avait parlé de Sylas à de nombreuses reprises, profitant parfois de l'amabilité des voyageurs pour leur demander s'ils ne l'avaient pas vue, mais les réponses demeuraient les mêmes. Les plus optimistes affirmaient qu'elle allait bientôt regretter d'être partie et qu'elle allait rappliquer plus vite que son ombre, les autres lui conseillaient de l'oublier.

    Cependant, oublier un être cher, quelqu'un qui a compté, n'est jamais chose aisée. Et s'il avait perdu espoir quand à l'idée qu'elle reprenne la route à ses côtés, il n'avait jamais cessé de croire à leurs retrouvailles. Simplement, il ne s'était pas attendu à si peu d'éloquence. Ses espérances et ses espoirs s'en trouvèrent instantanément réduite à néant. Sylas était désolée ? Certainement pas autant que lui l'était. N'ayant toujours pas relevé la tête de son assiette qui, décidément, peinait à se vider, il ne sut pas qu'elle était sur le point de donner suite à ces quelques mots alors qu'il n'aspirait plus qu'à une chose : qu'elle disparaisse.

    Je sais pas quoi te dire Colby, vraiment. Mais je regrette. J'aurais peut-être du t'en parler. Mais c'est passé maintenant. Je m'attendais pas à te revoir, toi et tes déjeuners infects. Mais te revoilà. Ça doit être le destin alors, peut-être qu'on devait se revoir, peut-être que j'aurais pas du partir, peut-être que.. peut-être que je devrais arrêter de parler dans le vent si t'en as plus rien à foutre.

    Le jeune homme faillit s'étouffer en l'écoutant, bien qu'il fit en sorte de n'en laisser rien paraître. Il pausa néanmoins une main aux doigts largement écartés au milieu de ses clavicules, et s'empêcha fermement de tousser. Depuis quand Sylas accordait-elle le bénéfice du doute au destin, elle qui n'y avait jamais cru. Désarçonné, Colby prit enfin l'initiative de la regarder. A première vue, maintenant qu'il avait l'occasion de l'analyser à nouveau, elle n'avait pas changé. Elle avait toujours cette chevelure indisciplinée et balayée de nuances chaudes et automnales qu'il avait toujours adorées en secret. L'allure naturelle qu'elle mettait un point d'honneur à conserver était plus présente que jamais - elle n'était pas maquillée, et abhorrait les accessoires. Mais si on l'observait d'un peu plus près, il était facile de discerner le doute, le regret et peut-être aussi la crainte. Trois choses qui n'avaient jamais existé dans ses pupilles jusqu'à présent. Tant mieux, se dit-il. Qu'elle soit déstabilisée, pour une fois que ce n'était pas lui qui payait les pots cassés.

    Quoi... comme ça ? Juste comme ça ? Ne me prends pas pour un idiot, Sylas. Ose prétendre qu'avant que je ne t'y intime tu n'avais pas projeté de t'enfuir à nouveau avant que je ne me rende compte de qui t'étais ! C'est quoi ce semblant de repenti, est-ce tout ce à quoi j'ai droit ?

    Assis l'un en face de l'autre, séparés par une table bancale à la robustesse douteuse qui portait encore sur elle les vestiges de leurs déjeuners respectifs, Colby n'arrivait pas à croire qu'ils aient enfin cette conversation. Et surtout, il n'arrivait pas à croire à la manière dont celle-ci se déroulait. Oubliées les étreintes passionnées et les projets sur la comète, dans quelques instants, les intonations de leurs voix allaient alerter les clients et les employés et ils allaient être pressés de quitter les lieux. C'est du moins ce que le jeune homme imaginait. Il ne voyait pas comment il pouvait en être autrement, puisque l'être qu'il avait chéri si fort, celle qui le comprenait, qui savait tout de lui, qui connaissait ses souffrances et repoussait tant bien que mal sa déchéance, se révélait incapable de lui offrir des excuses à la hauteur de ses espérances. Il se fichait bien de savoir pertinemment qu'elle n'était pas douée pour se justifier, pour demander pardon, il voulait plus que tout de l'honnêteté, et du courage, pour changer.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Jeu 11 Aoû - 22:09

    Quoi... comme ça ? Juste comme ça ? Ne me prends pas pour un idiot, Sylas. Ose prétendre qu'avant que je ne t'y intime tu n'avais pas projeté de t'enfuir à nouveau avant que je ne me rende compte de qui t'étais ! C'est quoi ce semblant de repenti, est-ce tout ce à quoi j'ai droit ?
    Ses paroles lui firent l'effet d'une claque. A quoi s'attendait-elle après tout? A ce qu'il la pardonne puis parle avec elle de ce qu'il avait fait ces dernières semaines comme si rien ne s'était passé? Bien évidemment non, mais le ton de reproche qu'employait Colby lui était inconnu. Pourtant, ils s'étaient énervés de nombreuses fois mais jamais il n'avait parlé de cette manière. Ose prétendre qu'avant que je ne t'y intime tu n'avais pas projeté de t'enfuir à nouveau avant que je ne me rende compte de qui t'étais ! Comme si il la connaissait par cœur. Évidemment qu'elle y avait pensé, ils le savaient tout les deux. Mais de quelle personne cette pensée n'aurait pas traversé l'esprit dans une situation similaire? Sylas se sentait agressée, vulnérable, et pourtant c'était elle la fautive. La demoiselle était tout ce qu'il y avait de plus impulsif. Il suffisait de quelques mots, d'un geste, pour qu'elle s'emporte, d'une situation qu'elle n'arrive pas à gérer, de mots qu'elle n'arrive pas à prononcer. Déjà, elle ne voyait plus ce qui l'entourait. Elle ne remarqua pas la serveuse maladroite, ni la petite fille qui passait et les regardait avec des yeux ébahis, ni l'homme qui commanda une quatrième bière derrière eux et encore moins le regard de Colby dans sa direction.

    Elle se sentait piégée, par sa faute. Elle avait espérée revoir Colby, mais dans d'autres conditions. Elle aurait préféré être prête, elle aurait préféré choisir le moment, savoir quoi lui dire. Elle aurait préféré que tout s'arrange avec une étreinte. Seulement, la vie est toujours un peu plus compliquée. A vingt-quatre ans pourtant, on croit toujours que tout peut s'arranger très simplement. Seulement, il fallait qu'elle lui parle et il voulait la vérité, ou elle n'aurait plus qu'à repartir en ayant à l'esprit qu'elle avait définitivement tout gâché. Lorsque l'on est dans ce genre de situations, le temps passe bien plus vite qu'il n'y parait, le temps de réflexion est court et quand on vit au gré de ses coups de sangs, il n'y en a quasiment pas.

    Évidemment que j'y ai pensé! Si je t'avais vu avant que tu ne t'assois, si tu n'avais pas relevé les yeux si vite, alors peut-être que je serais partie. Mais ça ne s'est pas passé comme ça puisque tu es en face de moi. Un semblant de repenti? Je m'excuse et voilà ce que tu me sors! Tu me connais, tu sais que je vais pas me mettre à tes pieds en te suppliant, je sais que j'ai merdé, je le reconnais et je m'excuse, et monsieur n'est pas encore assez satisfait.

    La jeune femme s'enfonçait. Elle savait pertinemment qu'elle faisait fausse route, que dans cette histoire c'était elle qui était en tort et qu'elle lui renvoyait tout en plein visage comme si il avait collaboré. Elle avait parlé plus fort sous l'énervement et quelques regards avaient convergé vers eux mais elle fit mine de ne rien voir. Elle attrapa son paquet de cigarettes posé sur la table, en sortit une et un serveur la fusilla du regard avant qu'elle ne puisse l'allumer en lui montrant un petit panneau indiquant l'interdiction de fumer. Il le fallait.

    Je n'ai jamais cru au destin Colby. A mes yeux, la vie est une succession de choix. Tu rencontres les gens pour une raison, puis tu les quittes pour une autre. C'est comme ça que je voyais la mienne. Voyager pendant quelques jours avec certaines personnes, puis repartir de son côté en se disant qu'on ne se recroiserait plus, c'était pas vraiment un drame à mes yeux, c'était la vie. Pas de grandes effusions ni de grandes déclarations. Puis tu es arrivé, avec tes conneries de destin, ta caisse, tes grandes idées. Je m'étais jamais posé de questions sur tout ça, ça me paraissait tellement naturel notre relation, je m'étais jamais imaginé partir, tout était clair, jusqu'à ce fameux soir. Je sais pas ce qu'il c'est passé, t'as du me sourire idiotement et j'ai du comprendre à ce moment là, réaliser. J'ai pris peur, comme une gamine, c'est vrai, et je me suis barrée. Alors ouais, c'est tout ce que je peux te dire! Il te suffit de comprendre le reste. Je suis une lâche je te l'accorde ô saint Colby le courageux!
    Une demi seconde. C'est ce qu'il fallut à Sylas pour faire un choix. Rester assise là, face à ce garçon qu'elle avait quitté bêtement et qui allait probablement lui faire regretter ne serait-ce qu'inconsciemment, affronter les regards ahuris des clients car elle avait osé parlé trop fort dans un brouhaha général ou sortir, prendre l'air, essayer de se réveiller, essayer de comprendre ce qu'il venait de se passer en moins de dix minutes. La demoiselle se leva, déposa de l'argent sur la table, saisit ses affaires et sorti. Elle longea le bâtiment et s'assit le long de la façade, à côté d'un écriteau indiquant les permanences du restaurant et prit une bouffée de la cigarette qu'elle venait d'allumer. Peut-être allait-elle se réveiller dans le lit miteux du motel d'ici une seconde, peut-être allait-elle retourner à l'intérieur et remarquer que Colby ne s'était jamais trouvé là. Peut-être n'aurait-il rien entendu de ses propos.
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MessageSujet: Re: Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains. Ven 12 Aoû - 18:14

Évidemment que j'y ai pensé! Si je t'avais vu avant que tu ne t'assois, si tu n'avais pas relevé les yeux si vite, alors peut-être que je serais partie. Mais ça ne s'est pas passé comme ça puisque tu es en face de moi. Un semblant de repenti? Je m'excuse et voilà ce que tu me sors! Tu me connais, tu sais que je vais pas me mettre à tes pieds en te suppliant, je sais que j'ai merdé, je le reconnais et je m'excuse, et monsieur n'est pas encore assez satisfait.

Le jeune homme n'en croyait pas ses oreilles. Pour lui, à circonstances exceptionnelles s'ajoutaient réactions exceptionnelles. Mais il semblait que ce n'était pas la philosophie de tout le monde. Il secoua lentement la tête en tâchant de dissimuler le rictus méprisant qui menaçait de se former sur ses lèvres. Sylas était tout simplement incroyable. D'ailleurs il l'avait toujours pensé, mais jamais de cette manière là. Sa déception était telle qu'il n'envisageait même pas de répondre. S'attendait elle réellement à ce qu'il se satisfasse de ce piètre simulacre d'honnêteté mal gérée ? Colby aurait aimé croire que non, qu'elle le connaissait trop bien. Il souhaitait que ceci n'ait été que l'échauffement de la jeune femme, qu'elle allait ensuite se reprendre et visualiser enfin à quel point elle s'y prenait mal. Mais l'évidence lui sauta aux yeux, brusquement. Elle ne se l'avouerait jamais, parce qu'elle avait bien trop de fierté, et c'était là tout ce à quoi il pouvait s'attendre. Il fallait qu'il arrête de courir après du vent.

Le silence, ainsi qu'une tension électrisante, s'insinuèrent entre eux. Sylas se tenait les bras croisés devant elle, comme si inconsciemment elle se protégeait d'un mal qu'elle imaginait présent partout, et le jeune homme se passait frénétiquement la main dans les cheveux, à présent mal à l'aise et passablement dépité. Qu'étaient-ils l'un pour l'autre ? Étaient-ils forcés de s'infliger de telles scènes aux répliques à peine soutenables ?

Je n'ai jamais cru au destin Colby, dit-elle maladroitement.

Cette unique déclaration permit de sortir le jeune homme de son attitude pour le moins bornée. Enfin, il lui sembla la reconnaître. Ça, c'était un truc qu'il savait d'elle. Preuve qu'elle n'était pas une totale étrangère pour lui, et preuve qu'ils avaient à un moment ou à un autre appris à se connaître un minimum. Elle allait en dire plus, il le savait, elle allait même certainement réussir à faire en sorte qu'il ne soit plus en colère, mais cette simple phrase lui suffisait presque à comprendre tout ce qu'elle souhaitait lui dire à demi mot. Qu'ils étaient destinés.

A mes yeux, la vie est une succession de choix. Tu rencontres les gens pour une raison, puis tu les quittes pour une autre. C'est comme ça que je voyais la mienne. Voyager pendant quelques jours avec certaines personnes, puis repartir de son côté en se disant qu'on ne se recroiserait plus, c'était pas vraiment un drame à mes yeux, c'était la vie. Pas de grandes effusions ni de grandes déclarations.

Heureusement, en ces douloureux instants, le poids des mots n'avait pas grand impact à côté de celui des actes. Remuer le couteau dans la plaie ne semblait pas être une technique bien choisie si elle comptait toujours lui faire des excuses. Il n'avait pas envie d'être "des gens" à ses yeux, du moins ne le voulait-il plus depuis longtemps. Il voulait plus que ça.

Puis tu es arrivé, avec tes conneries de destin, ta caisse, tes grandes idées. Je m'étais jamais posé de questions sur tout ça, ça me paraissait tellement naturel notre relation, je m'étais jamais imaginé partir, tout était clair, jusqu'à ce fameux soir. Je sais pas ce qu'il c'est passé, t'as du me sourire idiotement et j'ai du comprendre à ce moment là, réaliser. J'ai pris peur, comme une gamine, c'est vrai, et je me suis barrée. Alors ouais, c'est tout ce que je peux te dire! Il te suffit de comprendre le reste. Je suis une lâche je te l'accorde ô saint Colby le courageux!

Si le début de son discours avait faillit faire sourire Colby, son aboutissement provoqua une toute autre réaction. Ce n'était pas possible, ils n'allaient jamais réussir à s'entendre sur quoi que ce soit. A chaque fois que l'un appuyait les propos de l'autre, il fallait toujours qu'ensuite ils s'arrangent pour introduire une pique qui mettrait le feu aux poudres. Qu'avait-elle réalisé ce soir là, exactement ? Était-ce ce que lui aussi avait mis tant de temps à comprendre ? Il n'était même pas certain de s'en être figuré avant qu'elle soit partie. Il en viendrait presque à croire que son départ avait été un mal pour un bien, finalement. Mais ce n'était pas comme ça que ça s'était passé. Le fait est qu'ils avaient pris une chambre à l'hôtel, comme d'habitude, qu'ils avaient donnés des faux noms à l'enregistrement pour se marrer, comme d'habitude, et qu'au matin, elle n'était plus là. Ce qui concrètement changeait tout.

Saint Colby le...

Ce fut tout ce qu'il eut le temps de prononcer avant que Sylas ne quitte les lieux en trombe, non sans abandonner quelques billets sur la table tout en attrapant ses maigres effets. Alors qu'elle disparaissait de l'autre côté des portes, Colby se mit à hurler à plein poumons.

C'est ça, casse-toi, c'est ce que tu fais de mieux après tout, Sylas !

Toutefois, il n'était pas certain qu'elle ait pu l'entendre à travers la nuée de conversations différentes qui animaient les multiples clients du restaurant. Un serveur s'arrêta à la table et ramassa le paiement de la jeune femme en le remerciant. Le jeune homme eut un reniflement dédaigneux. C'était la meilleure ça, qu'elle se mette à payer leurs deux consommations. Il attrapa sa veste et l'enfila rapidement, il savait qu'elle l'attendrait dehors, il l'avait su à la minute où elle s'était levée de sa chaise. Lorsqu'il poussa les portes, les rayons du soleil l'aveuglèrent un instant, juste le temps qu'il lui fallut pour que ses rétines s'y habituent. Il mit cependant une main en visière dans l'espoir d'apercevoir Sylas plus facilement. Elle ne sembla n'être nulle part jusqu'à ce qu'il se retourne et ne distingue sa silhouette tassée contre le mur. Une cigarette à la main, elle soufflait dans l'air matinal la fumée de celle-ci avec l'air d'une fille qui ne savait plus trop bien où elle en était. Une fille qui n'avait jamais eu à se racheter de quoi que ce soit et qui ne savait donc pas par où commencer.

Il s'avança vers elle et sans un mot, s'assit à ses côtés. Il poussa un soupir au moment où il rencontra le sol qui s'avéra bien plus proche qu'il ne se l'était imaginé. Ses traits se fermèrent dans une grimace de reproche envers lui-même.

Je sais... Je comprends ce que t'essaie de me dire, Sylas, mais c'est pas si simple. Je ne sais pas si c'est moi qui veut rendre ça compliqué ou si c'est toi qui définitivement n'y met pas assez de cœur. Je crois que j'aurais voulu entendre d'autres mots sortir de ta bouche. Je m'étais imaginé nos retrouvailles autrement, même si j'étais pas certain qu'elles arriveraient un jour.

Il fit une pause. Il n'avait pas parlé avec autant de sincérité depuis longtemps, même s'il n'avait pas non plus pour habitude de mentir comme un arracheur de dents. Il se sentait douloureusement amoindri, vulnérable, mais étrangement, ce n'était pas une si mauvaise sensation. C'était de toute manière maintenant ou jamais, et ce dernier avait manifestement des difficultés à s'inscrire dans le vocabulaire du jeune homme.

J'avais presque oublié la façon dont tu imites à merveille Joplin quand t'es ivre. J'avais presque oublié l'allure de ta vieille cadillac pourrie quand tu la conduis comme une chauffarde en l'appelant par son prénom. Et j'avais presque oublié la signification pseudo profonde de tes tatouages d'adolescentes en constante rébellion contre le système. Par dessus tout j'avais presque oublié ta façon de me sourire, et si d'un côté j'en souffrais moins, de l'autre c'était des émotions que j'avais cru ne plus jamais avoir à ressentir. Mais j'ai eu tord. Tord de m'attendre à ce qu'on continue de se soutenir, qu'on reste ensemble jusqu'à l'éternité. L'éternité c'est long quand on n'a pas de but réel, comme nous.

Doucement, Colby posa l'une de ses mains sur celle, libre, de Sylas, qui se trouvait à terre. Il regretta aussitôt son geste. C'était faible de sa part, et elle allait surement le repousser avec toute l'impulsivité qui la caractérisait.
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Comme Ponce Pilate, vous vous en laviez les mains.

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